ELISE VINCENT

Journal de bord

Aliénation : Un texte de Fanche

Ajouté le 15 mai 2020

Le long des rivières perdues,

s'amassent les anges déchus

qui déversent leurs larmes,

attendrissant vacarme.



Les lèvres viennent goûter au breuvage,

pour se désaltérer.

Ces bouches rouges sang 

aspirent les spectres déments.



Ils l'entraînent vers eux,

martèlent mon crâne de pieux.

J'hurle à l'agonie des saints,

son, que personne ne retient.



Mais sonne la fin de la distraction,

Couché, à même les bourgeons,

aux pieds des chantants ruisseaux

agonise le cri du château.


Fanche


Inspiré de Le Cri du château de la galerie Particules imaginaires


Fanche écrit des textes courts, poèmes, dans toutes leur formes. Il a également écrit plusieurs nouvelles et deux textes pouvant s'apparenter à des romans. Il participe régulièrement à des appels à textes et concours d'écriture.

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De l’art de converser avec les grains de sable : un texte de Mickaël Andraud

Ajouté le 14 mai 2020

Depuis plusieurs jours, la plage était déserte. Les habitants du village ne prenaient même plus soin de tourner leur regard vers elle. Ils marchaient les yeux rivés sur le sol, regrettant un instant les cris des mouettes. 

Mais, s’il y en avait une qui n’avait pas changé ses habitudes, c’était la vieille Plume. Et pour cause : elle était si courbée qu’elle ne pouvait voir que le bout de ses pieds. Elle se repérait aux détails du bitume, aux cailloux, à l’herbe et au sable. Elle allait, patinant avec ses petits pieds, reconnaissant les gens à leurs chaussures. Pour des mocassin marrons, un « Bonjour, m’sieur le maire ! », pour des sandales, taille 26, un « Je t’ai à l’œil, la petite Sac-à-croutes ! », des pieds nus, sales et poilus, un « Lâche la boisson, l’Asticot. Elle aura ta peau ! »

La vieille Plume était la plus vieille des femmes du village et c’était tout naturellement qu’elle avait reçu le titre de sorcière. Prenant son titre très au sérieux, elle marmonnait des choses dans une langue de son invention et les gens s’écartaient sur son passage. Même le docteur Hoburnis émettait des réserves sur la véritable nature de Plume, bien qu’en bon scientifique, il n’utilisa jamais le terme de « sorcière ». Alors qu’elle faisait son tour matinal le long de la plage, elle tomba sur des mocassins marrons : 

– Bonjour, m’sieur le maire !

Elle allait contourner le maire pour continuer sa balade, quand il se produisit une chose inattendue : le maire prit la peine de lui répondre :

– Bonjour, madame Plume ! Auriez-vous l’obligeance de m’accorder quelques minutes de votre précieux temps ?

Plume, voyant les lacets des mocassins bouger frénétiquement, compris que le maire tremblait. Elle demanda :

– Du temps ?

– Oui. Hum… vous n’ignorez certainement pas les difficultés qui s’abattent sur notre village…

– Difficultés ?

– Oui. Hum... La plage, madame Plume ! La plage !

– La plage ?

Elle se tourna de trois quart et, voyant le sable fin, déclara : 

– La plage est là, m’sieur le maire.

– Oui. Hum… mais elle est déserte.

– Déserte ?

– Alors, on... j’avais pensé qu’avec vos... habilités, vous pourriez aider le village.

Plume se retourna vers les mocassins qui trépignaient de nervosité. 

– Habilités ?

– Disons, pou-pouvoirs.

Plume contourna le maire en patinant tranquillement et s’éloigna en demandant :

– Quels pouvoirs ?


La matinée s’écoulait pâteusement et déjà la chaleur était lourde. Plume était plantée au milieu de la plage, les yeux rivés sur le sable chaud. Elle détaillait chaque grain, remarquant qu’ils étaient tous d’une forme différente. Elle passa sa matinée à les nommer un à un. Puis, son après-midi à discuter avec ses pieds, tentant une nouvelle fois de les réconcilier : ils étaient de bords politiques opposés. Enfin, le soleil se coucha avec une lenteur majestueuse, mais de cela, Plume, ne put voir qu’un dégradé que ses nouveaux amis les grains de sables mirent en parure, à son plus grand bonheur. Ce fut au tour de la voûte céleste d’éclairer la plage à coup de clins d’œil d’étoiles. Plume, toujours habillée de noire, se fondit peu à peu dans la noirceur de la nuit. Elle ouvrit longuement ses narines et huma l’air, captant un insignifiant vent salé. Elle baragouina quelques mots étranges auxquels répondit le vent, soufflant plus fort jusqu’à faire s’envoler son châle. Alors, Plume se redressa pour la première fois depuis cent sept ans. Sa bosse s’était enfuie avec son châle. Droite, elle put contempler l’horizon avec satisfaction.

Le lendemain, les habitants du village levèrent tous la tête en direction de la plage. Elle n’était plus un désert. L’océan était revenu. Les mouettes voletaient dans les airs. Les habitants coururent alors en direction des vagues, les pêcheurs de bulots se hâtèrent de prendre leur seau, les enfants allèrent  ériger des châteaux forts capables de résister aux grandes marées, les grands-mères s’armèrent de transat et de serviettes, les grands-pères de crèmes solaires et de glacières, la surveillante de baignade de son sifflet et de ses lunettes de soleil.

La petite Sac-à-croutes ramassa un châle noir sur la plage. Elle le plia en quatre et le déposa sur un banc, avant d’aller courir vers d’ingénieuses bêtises. 

Personne ne revit plus la vieille Plume. Plus personne ne se souvint d’elle. Mais tous se souvinrent longtemps du jour où l’océan revint au village. 


Mickaël Andraud


Inspiré de la photo Survol dans la galerie Acme


Mickael Andraud est né à Clermont-Ferrand, où il vit toujours. Âgé de vingt-neuf ans, il a été publié pour des nouvelles. Lauréat du prix Guerlain 2017 en partenariat avec les éditions Cherche midi pour la nouvelle intitulée : Piano. En 2018, il a été édité aux éditions Souffle Court, dans le recueil de nouvelle Robe de papier. Plus récemment, la nouvelle Le fils est parue dans un ouvrage collectif édité par l’association Histoire d’un parler, basée à Annecy. L’automne 2019 a été dédié à la co-écriture du scénario d’un court-métrage, en court de démarchage.


En parcourant les photographies, je suis tombé sur Survol qui m'a rappelé que je manquais à mon devoir de revoir l'océan. J'étais donc face à la Disparition. Elle fut naturellement le point de départ de la nouvelle De l'art de converser avec les grains de sable. Je voulais en faire un texte sucré, un goût de rappel avec une pointe de regret. Je voulais de la légèreté et de la simplicité. Je voulais que cela ressemble à un survol de mouette : furtif et déjà lointain. Je voulais donner un arrière-goût de Retour au texte, et effacé la Disparition comme une vague.  

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Talion : un texte de Fanche

Ajouté le 14 mai 2020

Une étincelle aveuglante

Voix perler ce jour.

Une marée de sève entêtante.



Astarté voudrait-elle me cueillir ?

Je succombe, fébrile aux plaisirs.



Par un éclair éblouissant.

Laisser le vermillon couler à l’Aube,

Etang « raisineux » accablant.



Azraël voudrait-il me punir !

Je cèderai à son plaisir



Je, sang, coule, le repos et moi,

Enfin ma place se dessine.

Mon agonie, votre émoi.



Et, son reflet dans le miroir,

Ma vengeance prémonitoire.



La flamme accueillante,

S’abandonne à l’aurore.

Une lagune de sérum, déferlante



Le démon voudrait-il m’anoblir ?

J’irai, succomber, folie, le chérir.



J’ai éteint, complète plénitude.

Savouré votre ingratitude.

Vous brûlerez au pandémonium,

Disparaitre dans les fumée d’Opium !



Les maudits voudraient-ils me haïr ?

Je céderai, pour les assouvir !


Fanche


Inspiré de La Fureur de l'éléphant de la galerie Dans l'air...


Fanche écrit des textes courts, poèmes, dans toutes leur formes. Il a également écrit plusieurs nouvelles et deux textes pouvant s'apparenter à des romans. Il participe régulièrement à des appels à textes et concours d'écriture.


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Derniers jours pour participer à l'appel à textes

Ajouté le 13 mai 2020

Il vous reste 2 jours pour participer à l'appel à textes lancé depuis le 27 mars et remporter peut-être un tirage d'art original.

Envoyez vos créations inspirées d'une ou plusieurs photos présentées sur ce site dans la rubrique Portfolio jusqu'au vendredi 15 mai à 23h59.

Modalités de participation à consulter ci-dessous.

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Artiste visuel dont l’univers repose majoritairement sur l’abstraction et l’onirisme, je m’intéresse à la narrativité des images, aux récits individuels qui peuvent surgir devant une œuvre et au développement de l’imaginaire du spectateur.

En cette période de confinement où le temps s’égrène parfois lentement et où la peur de l’épidémie peut nuire à notre paix intérieure et à notre créativité, je lance un appel à textes pour le plaisir d’écrire et partager nos textes.


Thème de l'appel à textes

Poésie, nouvelles, textes courts, bande dessinée ou encore calligraphie… 

Toutes formes. Tous genres. 

Ecrivez un texte librement inspiré d’une ou plusieurs des photos présentées sur mon site www.elisevincent.net.

Le point de départ peut être l’image-même, un titre, une partie de présentation ou encore une impression générale sur son travail.

Plus de 200 visuels réalisés entre 2007 et 2020 sont répertoriés dans les galeries Space OdysseyTen days of artParticules imaginairesTraces du sacréAu fil de…La Croisée des cheminsCrystalliseLa Citadelle des ondes.


Publication des textes

Les propositions reçues seront publiées au fur et à mesure sur la partie « Journal de bord » (blog) du site www.elisevincent.net et j'en ferai la promotion sur mes réseaux sociaux.


Pour participer

Envoyez-moi vos propositions à elisevincent.photographie(at)gmail.com


- En précisant ce qui vous a inspiré au départ

- En indiquant vos éventuels site et réseaux sociaux 

- En joignant votre nom ou pseudonyme et quelques lignes de présentation de vous


Précisions

Le nombre de propositions n’est pas limité, tant qu’elles répondent toutes au présent appel à textes. 

Pas de texte déjà existant !

Les textes les plus longs pourront faire l’objet d’une publication en plusieurs fois.

Merci cependant de ne pas dépasser 10 pages.

L'appel est valable jusqu'au 15 mai.

Un top 5 des textes sera établi.
Plusieurs lots à remporter parmi lesquels des livres, des goodies et une oeuvre originale.

Tous les textes sont les bienvenus, que vous soyez auteur amateur ou confirmé.


Autorisation de diffusion

En participant, vous m'autorisez à publier numériquement vos textes et d’éventuels extraits, dans le respect de votre droit d’auteur, sur mon site et mes réseaux sociaux Pinterest, LinkedIn et Instagram dont voici les liens :

www.elisevincent.net

https://www.instagram.com/elisevincent.photo/

https://www.pinterest.fr/elisevincentphotographie/

https://fr.linkedin.com/in/elisevincentkledechan

 

Communication sur vos supports web

Mes visuels sont bien sûr soumis au droit d’auteur. 

Je suis par ailleurs représentée par l’ADAGP. 

Si vous avez envie de communiquer sur votre texte en diffusant l’un de mes visuels sur vos supports web, merci de me contacter au préalable à l'adresse email indiquée plus haut pour recevoir le visuel et connaître les informations à créditer.

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La Poupée : un texte de Constance Ecluse

Ajouté le 13 mai 2020

Une frange qui tombe sur les yeux, un pull rayé et un col qui remonte jusqu'à mon cou. Cette fermeture éclair qui me pince la peau chaque fois que je la remonte trop vite. Trop vite pour ma peau, pas assez pour mon corps tout entier. Ce pincement et cette rougeur sous mon menton qui me rappellent que ce n'est pas un rêve. Une douleur furtive qui chasse les douleurs primitives. L'impression de voir la vie en négatif, comme ceux que maman laissait au début des albums photos de famille. Les négatifs qu'on scrutait pour retrouver le bon et la bonne photo à aller faire développer et agrandir pour accrocher au dessus du fauteuil. Ce fauteuil gris, marron, à la couleur impossible à écrire, aux accoudoirs usés et limés par le temps, par nos bras, par mes bras, par ses bras. Ce fauteuil où tant de fois je l'ai vu s'asseoir de façon négligée, les jambes écartés, comme si le poids du monde était sur lui, entre ses jambes, sur ses genoux. Ses genoux qui me portaient comme on porte une enfant qui n'est pas la nôtre mais qu'on touche comme si elle était notre poupée. Une poupée de porcelaine aux yeux vides, aux cheveux rêches et cette frange qui tombe sur les yeux. Encore. Une poupée qui sourit. De moi sûrement. L'une de nous est vivante et pourtant pas capable de se défendre, pas capable de désobéissance, pas capable de fuite, pas capable de tout dire. Elle peut rire. Elle est en chiffon, moi de chair et d'os et pourtant c'est moi qui subis comme une loque, un pantin, une chose. Cette poupée me snobe depuis le haut de l'armoire. Je la déteste. C'est moi. Le pull rayé en moins. Elle a le bon goût de porter une jolie robe rouge et un gilet assorti. Pas de fermeture éclair pour la pincer. Elle, personne ne l'a touché. 

    Et de nouveau les souvenirs, ces éclairs qui s'invitent dans ma tête. Le souffle court et toujours cette vision en négatif. Comme si les couleurs étaient effacées. Comme si la vie avait décidé de se barrer de cette chambre, de ce couloir, de cette salle de bain, de cette machine à laver coincée dans un coin. Une vision en négatif qui ne laisse passer que les contrastes de ses traits. Les poils de son visage, les rides qui se forment et se déforment autour de ses yeux qui me regardent et me transpercent. Ses sourcils qui se froncent quand il sait que je vais dire non et mon corps qui bouge pour lui obéir alors qu’il veut fuir.

    Et cette décision, 20 ans après. Cette décision de faire passer le négatif en couleur. De développer ma mémoire. De développer les images de ce qui s’est passé. De passer dans le clair tout l’obscur de ces journées en enfer. La décision de ne plus être une poupée. La décision de laisser la lumière brûler les négatifs. Tuer la négativité. Basculer dans le positif. 


Constance Ecluse


Inspiré de la photo La Décision de la galerie La Citadelle des ondes

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Les artistes confinés de la Biennale de Gentilly

Ajouté le 29 avr. 2020

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La Biennale de Gentilly accueille sur son site des artistes confinés de tous bords ayant ou non participé à la Biennale. 

Chaque épisode présente 5 à 5 artistes.

Retrouvez ma présentation dans l'épisode 5.

Découvrir les artistes présentés

Collègues artistes, vous pouvez participer en suivant ce lien

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Appel à candidature de l'ADAGP : Collection Monographie

Ajouté le 28 avr. 2020

L'ADAGP a lancé le 14 avril un appel à candidature à l'attention de ses artistes membres : la bourse Collection Monographie. 

Dix bourses de 15 000 euros chacune pour le financement d'un premier ouvrage monographique.

Parmi les conditions, notamment :

- être membre depuis au moins 3 ans

- avoir au moins 10 ans ce carrière professionnelle 

- avoir un projet de publication en association avec un éditeur, un centre d'art ou une galerie.

Détails, dossier de candidature et règlement à télécharger sur le site de l'ADAGP 

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Le Palindrome amoureux - Un texte de Richardd

Ajouté le 27 avr. 2020

Je suis amoureux

Cela m’est tombé dessus par hasard. Dans un cahier de brouillon à grands carreaux, je me suis retrouvé à côté d’elle. Mon regard a plongé dans ses grands mots. Elle m’a sourit. Elle m’a dit qu’elle me trouvait beau.

Tout à coup, sous un coup de gomme, l’auteur m’a effacé pour me replacer ici sur cette page du cahier de brouillon. Mais pourquoi as- t-il fait ça ? Je suis fou et  malheureux maintenant. Je suis fou d’elle et je suis malheureux de ne plus pouvoir l’admirer. Je ne peux pas exister ainsi.

Alors que l’auteur travaille dans des pages éloignées, je m’arrache des lignes qui me tiennent prisonnier. Je pars la retrouver.

 

Je me glisse vers les interlignes inférieures. Il y a là une kyrielle de mots. Beaucoup me regardent. Etonnés de ma liberté. Ici ils décrivent l’environnement dans lequel évolue l’héroïne de l’auteur. Une dame âgée de 75 ans qui habite Le Cheylard dans «  les Boutières » ardéchoises. Son mari est décédé il y a quelques années. Aujourd’hui, prisonnière de ses choix antérieurs de femme au foyer, elle se sent fatiguée.

Je suis donc au début de la narration. Je sais vers quel sens me diriger.

Un Syntagme, bien habillé, m’interpelle :

— Qu’est- ce que tu fais là ?

— Je suis amoureux.

— Ah ! Tu as de la chance. Et où est celle que tu aimes ?

— Je suis à sa recherche. L’auteur m’avait placé juste à côté d’elle. Puis, je ne sais pas pourquoi, il m’a déplacé pour me déposer un peu plus haut dans cette page.

— Tu n’as pas peur que l’auteur remarque ton absence ?

— Il est affairé à écrire d’autres pages. J’ai remarqué qu’il laisse des mots notés dans les marges. D’autres mots sont à peine griffonnés, voire rayés. S’il revient en arrière il pensera peut-être  m’avoir oublié.

— Je connais l’auteur, d’un  manuscrit précédent, il aime la fantaisie. Fais attention à toi. Je te souhaite de la retrouver.

 

Je me dirige côté tranche de la feuille en bousculant quelques ponctuations. Je quitte la réglure du recto pour basculer au verso. A peine suis-je passé de l’autre côté que je tombe nez à nez avec une Anaphore, bien proportionnée.

— Tiens un palindrome ! Qu’est- ce que tu fais là ?

Je reprends l’explication donnée au Syntagme. Que je suis amoureux. Que l’auteur m’a effacé pour me replacer dans une autre page de son histoire, que …

— Ah l’auteur ! Dit l’Anaphore. Regarde cette page. Il y a des taches ici, des gribouillages par là. Regarde ! La hauteur des jambages n’est pas respectée. L’auteur est un homme. C’est certain ! Je te donne un conseil. Si tu veux retrouver celle que tu aimes, tu dois suivre le fil de la narration.

J’ai donc suivi son conseil.

 

Dans cette page les mots racontent les maux de Perle. C’est son prénom. Avec son mari, ils ont formé un couple très uni. Lui, il a travaillé à l’usine toute sa vie. Elle, elle a été mère au foyer toute sa vie. Les quatre enfants  du couple ont bien rempli son existence. Perle habite Le Cheylard depuis toujours. Elle n’est jamais partie en vacances ou alors il y a longtemps. Quand elle a eu vingt ans, elle est partie au bord de La Méditerranée, chez une tante. Aujourd’hui, Perle se sent fatiguée. Pourtant, l’envie lui prend de vouloir voyager.

Mais que diront ses enfants ? Et ses petits-enfants ? Jamais ils ne comprendront qu’elle souhaite partir, seule. À 75 ans, elle veut réaliser un désir qu’elle partageait avec Raymond, son mari : aller voir l’Atlantique, aller voir l’océan.

 

Je parcours l’histoire du haut en bas de la feuille mais pas de trace de mon amour. Je tourne la page avec beaucoup d’espoir. Une Anagramme contorsionniste semble faire le guet. Je m’approche pour lui parler. Sans rien laisser paraitre elle m’écoute puis elle sourit.

— Comment est-elle ? Celle que tu aimes ? Je l’ai peut-être croisé. L’auteur est un plaisantin. Il aime bouger les lignes.

— Oh ! Si tu l’as croisé, tu l’as certainement remarqué. Elle est tellement belle. C’est une Epanadiplose.

— Une Epanadiplose dis-tu ? J’ai croisé quelque chose «  en plose » trois pages plus loin.

Mon cœur se met à battre à une vitesse incroyable. Une immense vague de joie m’envahit.

— Trois pages plus loin. Es-tu sûr ?

— Oui ! Va-y ! Dépêche- toi ! Mais attention, méfies toi de l’Analepse. Elle pourrait te renvoyer au début du récit. Et si tu veux aller vite, il faut aller dans le sens de l’histoire.

 

Dans les pages qui suivent les mots narrent les interrogations et les hésitations de Perle. Les échanges avec son amie Thérèse. Surtout ne rien évoquer  devant les enfants. Ils ne comprendraient pas.

Thérèse arrive à la convaincre de franchir le pas. On y parle de ses premières recherches sur les modalités d’un si long voyage.

 

Je cours entre les lignes, les interlignes, les accents. Je saute dans la marge pour éviter la cohue des mots. Je grimpe sur la tranche des feuilles pour me laisser glisser de l’autre côté. J’arrive enfin à la page évoquée par l’Anagramme. Il y a bien « quelque chose en plose » mais c’est une Anadiplose.

L’Anagramme s’est trompée.

 

Les vues sur la mer accrochées dans la maison ne suffisent plus. Perle veut voir la mer de ses yeux. Elle organise son départ. Prendre le bus jusqu’à Valence puis le train de Valence à Nîmes. Arrivé à Nîmes prendre le train jusqu’à la gare de Bordeaux St- Jean. Enfin une dernière étape jusqu’à Lacanau-océan.

Est-ce qu’elle peut y arriver se demande- t-elle ? Le bus jusqu’à Valence, je connais. Je l’ai déjà fait mais après. Ce voyage est insensé. Sans compter l’argent dépensé pour l’hôtel. Elle regarde la photo de Raymond posée sur la commode. Perle est décidée.

Thérèse s’occupera d’expliquer et de rassurer les enfants.

— Je te prête ma petite valise à roulettes, lui dit-elle.

Pendant le voyage Perle coupera son téléphone. Elle veut être seule en pensée avec son mari. Elle téléphonera à son arrivée. Perle écrit quelques mots d’explication à ses enfants.

Un Oxymore s’approche de moi.

 

— Bonjour. Qui es-tu ? Et pourquoi tu pleures ?

Je sèche mes larmes.

— Je suis un palindrome. J’ai rencontré l’amour dans un page du manuscrit mais je ne sais pas pourquoi l’auteur m’a effacé pour me replacer dans un coin, au début de l’histoire. Depuis j’essaye de retrouver celle que j’aime.

L’Oxymore observe attentivement les lettres qui me composent.

— Je peux comprendre l’auteur. Certains mots sont trop porteurs d’illusion, trop porteurs d’espoir. Il y a des utopies auxquelles certains lecteurs refusent d’adhérer.

— Je ne comprends pas.

— Ce n’est pas grave. L’auteur a déposé il n’y a pas si longtemps un rappel de note en bas de cette page. Embarque dans l’Astérisque qui lui est lié. Tu avanceras bien plus vite. Et je connais l’auteur d’un précédent ouvrage : il écrit en dilettante.

Est-ce que je peux me fier à lui ? L’Oxymore est tellement contradictoire. Je décide de lui faire confiance.


Grâce à l’Astérisque je traverse le manuscrit à grande vitesse. Quand je descends de ce train, je me retrouve en pleine lumière, en danger, face à l’auteur.

Perle est dans le train qui la conduit vers Bordeaux. Elle se sent lasse mais heureuse. Très lasse mais très heureuse. Précieusement elle sort de son portefeuille une feuille pliée en quatre. La feuille est usée. C’est un poème de Raymond. Un poème qu’il a écrit pour  elle il y a de nombreuses années. En route vers l’océan, elle relit les quelques vers.

L’auteur me regarde intensément, l’air étonné. Il saisit sa gomme. Me regarde à nouveau. Je repense aux paroles de l’Oxymore : » Il y a des utopies auxquelles certains lecteurs refusent d’adhérer. » L’auteur pose sa gomme, il me murmure : « Rêver » Il me regarde, me déchiffre et murmure à nouveau « Rêver ».

Perle roule vers l’Atlantique. Elle est très lasse. Ce qu’elle désire maintenant c’est dormir. Dormir jusqu’à l’Atlantique, en pensée avec Raymond. Elle serre le poème contre elle. Elle s’endort  sur le chemin vers l’océan.

Je sais maintenant où se cache mon Epanadiplose. Dans le poème que tient Perle dans ses mains. Je regarde Perle, je regarde le poème. L’auteur est hésitant. Il me regarde, il regarde Perle et il regarde le poème. Il regarde la feuille blanche, il regarde à nouveau le poème qui roule vers l’océan. Il prend alors son crayon et pose à mes côtés : Aimer, c’est une douceur car rien n’est plus doux que de t’aimer.


Sur la plage de Lacanau, des oiseaux sont bercés par le vent. Pour la première fois, Perle y admire l’océan.



Richardd


Inspiré des photographies de la galerie Au fil de...


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Appel à projet du webmagazine Openeye

Ajouté le 25 avr. 2020

Le webmagazine OPENEYE lance un appel à projet.


"OPENEYE propose à tous les photographes confinés de sortir leur boitier ou leur smartphone pour réaliser une œuvre commune intitulée :


« Confinement : dans l’attente de la renaissance »


Dans toutes les périodes de contraintes, apparait un foisonnement d’initiatives créatives. Celle que nous vivons aujourd’hui n’échappe pas à la règle : les réseaux sociaux fourmillent de publications d’artistes qui apportent un peu d’évasion dans le quotidien de chacun.


Les photographes sont les témoins privilégiés de leur époque : ils captent avec leur « œil » des instants de vie et apportent une contribution essentielle à la mémoire de notre temps, laissant ainsi une trace pour les générations futures.


L’appel à projets photographiques OPENEYE est ouvert à tous et gratuit. Il se déroule pendant tout le printemps. Chacun est appelé à réaliser un sujet de trois, cinq ou sept photos sur un ou plusieurs des thèmes suivants :

« Autoportrait»/« La famille au quotidien»
« Regards sur l’autre par ma fenêtre »/« Mon jardin d’Éden »
« Mon engagement au service des autres »
 


Pour participer, il suffit de s’inscrire sur le site www.openeye.fr et d’envoyer les sujets à projet@openeye.fr avec un petit texte explicatif. Chaque image fera 1 Mo à 300 dpi. La rédaction d’OPENEYE fera vivre l’œuvre commune. Les meilleurs sujets seront publiés dans un numéro spécial d’OPENEYE qui sortira le samedi 12 Septembre 2020 et feront l’objet d’une exposition dans le courant quatrième semestre."

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Odyssée - Un texte de Joël Carayon

Ajouté le 21 avr. 2020

Cela commence par un trajet dans un carré à l’ocre. Puis quelque chose nous dévoile l’intimité d’une terre vierge et peu à peu se forme devant nos yeux de terriens, l’album d’un voyage en-deçà de notre quotidien. Quelque chose témoigne d’un paysage où la rose noire côtoie le cristal rouge. Opulence végétale ou minérale s’y exposent comme prises en flagrant-délit d’une existence souterraine.

Cela pourrait être un agrandissement, une trajectoire vers le microcosme, l’exploration d’un pays à même la peau, dans son épaisseur ou en-deçà, dans ce domaine dont on se croit le maître, ce corps à la frontière faussement étanche et rassurante.

Un œil au bout de sa prothèse navigue sur des terrains inconnus. Là où le microscope rejoint le téléscope par-delà les limites de la chair, là où les infinis se rejoignent et fusionnent dans un tourbillon, là où Ulysse rejoint Christophe Colomb et Neil Amstrong, pour une même Odyssée.


Joel Carayon 

Inspiré des photographies de la galerie Space Odyssey


Auteur de poèmes et nouvelles principalement. Il vient de terminer l'écriture de son premier roman. 

Publications dans les revues La Main millénaire, Dissonances.  

Visiter son blog Blogueules de Joël Carayon



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© Elise Vincent, ADAGP, Paris, 2020.
Créé avec Artmajeur